A la crèche ou chez la nounou : la première séparation


  • A la crèche ou chez la nounou : la première séparation

    Le congé maternité prend fin, et vient le moment de confier son enfant à une tierce personne. Des sentiments souvent contradictoires surgissent à l’heure de cette première séparation. Aussi difficile soit-elle, elle peut être bénéfique pour chacun. Quelques pistes pour mieux vivre cette étape, avec Christine Brunet, psychologue clinicienne et psychothérapeute, et Stephan Valentin, psychologue.

    Aussi petit soit-il, le bébé se rend compte de ce changement de vie. « Il perçoit l’urgence du temps et du rythme, mais aussi l’anxiété de ses parents. Il peut traduire ce sentiment d’insécurité par quelques caprices. », explique Christine Brunet, psychologue. Dans le même temps, cette séparation peut le rassurer. Elle lui montre que ses parents peuvent le laisser, mais qu’ils reviennent toujours le chercher.

    C’est souvent pour la maman que cette première séparation est la plus difficile. Après des semaines de fusion, vient l’heure de rompre cette dyade originelle. Entre la culpabilité de confier son enfant pour aller vivre sa vie de femme active, l’angoisse d’un éventuel incident, et parfois, la jalousie envers cette tierce personne qui passera la journée avec son bébé, l’entrée à la crèche ou chez la nounou est un véritable crève-cœur.

    « La maman ne s’occupe plus soi-même de son enfant, elle se sent dépossédée de son rôle », explique Stephan Valentin. Mais rassurez-vous : votre bébé n’a qu’une seule maman, vous. Il est important de travailler sur cette angoisse ; votre enfant vivra d’autant mieux cette séparation que vous l’accepterez. Ce qui nécessite, parfois, un petit travail sur soi. Mettre des mots sur les sentiments qui nous animent - culpabilité, peur, frustration... - en parler avec son compagnon, son enfant, et accepter ces sentiments.

    Respecter une période d'adaptation
    Quel que soit le mode de garde, une période d’adaptation est indispensable pour le bébé et ses parents. Le système est bien rôdé dans les crèches avec une adaptation échelonnée sur une ou deux semaines : une ou deux heures les premiers jours, une demie journée, puis une journée entière. S'en inspirer pour l'entrée chez l'assistante maternelle.

    Dans ce processus, le rôle de la mère est central. « C’est un temps où vous, sa mère, allez accompagner votre bébé dans son nouveau lieu, y être avec lui, vous tenir dans toutes les pièces où il se tiendra bientôt seul. Ce lieu sera pour lui investi de votre présence et votre bébé se souviendra de vous lorsqu’il s’y retrouvera seul », explique la psychothérapeute Anne Bacus*. Ce temps d'adaptation est aussi l'occasion de faire connaissance avec le personnel de la crèche, de lui poser des questions, mais aussi formuler vos attentes en matière d'éducation et de soins à votre enfant.

    Avoir confiance en son mode de garde
    Depuis la naissance, la maman s'est tellement investie dans son rôle qu'elle pense être l'unique personne capable de s'occuper de son bébé. Au fil de ce tête-à-tête quotidien, elle a appris le "fonctionnement" de son enfant ; elle sait désormais décrypter ses pleurs, y répondre. Il faut toutefois garder à l'esprit que la ou les personnes en charge du bébé - assistante maternelle ou puéricultrices - ont reçu une formation pour exercer ce métier. La journée, elles sont disponibles à 100% pour les enfants - pas de repas à préparer, de repassage ou de ménage à faire par ailleurs. Des bébés, elles en ont vu passer, et savent s'adapter au rythme de chacun.

    La séparation se fera d'autant mieux que votre bébé sentira que vous le laisser en toute confiance le matin.

    Expliquer la situation à son enfant

    Lors de toute situation nouvelle, il est important de parler à son bébé, quel que soit son âge. « Je te laisse pour aller au travail, mais la nourrice va s’occuper de toi. Je reviendrai ce soir te chercher, et je penserai à toi pendant toute la journée ». Ces mots rendront la séparation plus douce, car « la parole reste quand celui qui l’a prononcé a disparu », disait Françoise Dolto.

    « Si le bébé ne peut saisir le sens des mots, il est sensible à l’intonation de la voix de ses parents. Il est tout à fait naturel d’être contente de retrouver son travail, et il faut transmettre, par la voix, ce plaisir d’aller faire ce que l’on a à faire », ajoute Christine Brunet.

    Choisir le bon moment

    Trois périodes critiques de séparation jalonnent le développement psychoaffectif du bébé : 4, 8 et 12 mois. L’enfant prend conscience des étrangers et acquiert en autonomie ; pour garder ses repères, il a en contrepartie besoin de stabilité. Dans la mesure du possible, mieux vaut donc éviter ces âges pour une première séparation.

    Voir le bon côté des choses

    Cette séparation, si elle est imposée par la reprise du travail, est aussi bénéfique à l’enfant qui y gagnera des compagnons de jeu et des activités. Mais surtout, vous et votre enfant allez apprendre à vous éloigner l’un de l’autre. Un premier jalon dans la « séparation-individuation », ce long cheminement permettant à l’enfant de devenir autonome.

    Profiter des retrouvailles

    « L’intensité et la qualité du temps de présence compte davantage que la quantité » rappelle Anne Bacus. Aussi difficile soit-il de décrocher des préoccupations professionnelles et de fermer les yeux sur les tâches domestiques, essayez de consacrer entièrement les quelques heures du soir à votre enfant. Le bain, le repas, le coucher sont des moments d’échange tout aussi importants que les autres activités de la journée.

    Le jour J

    N'hésitez pas à apporter à la crèche ou chez l’assistante maternelle quelques objets de la maison : un doudou, un jouet, un foulard avec votre odeur. Ces objets familiers sont autant de petits repères qui rassureront l'enfant.

    Le matin et le soir, prenez quelques minutes pour parler avec la puéricultrice ou l’assistante maternelle de la journée de votre enfant : ses repas, sa sieste, ses éventuels petits soucis de santé. Une façon de passer le relais, tout en douceur, à l'inverse d'un départ en catimini qui risquerait de donner à l'enfant le sentiment d'être abandonné.

    En savoir plus - A lire
    Les Etapes majeures de l’enfance, Françoise Dolto (Gallimard, 1994)
    Votre enfant de la naissance à 3 ans, Anne Bacus (Marabout, 2008)
    Élever bébé, Marcel Ruffo et Christine Schilte (Hachette Pratique)
    Le Défi des mères, Anne-Marie et Isabelle Filliozat (Dervy, 1995)
    La nounou, nos enfants et nous, Emmanuelle Favre Ray et Ety Buzyn (Albin Michel, 2004)

    A lire à votre enfant
    A la crèche, Catherine Dolto et Colline Faure-Poirée (Gallimard Jeunesse, Coll. Mine de rien, 2007)

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