Enfance battue, intimidée, violée, tuée : l’UNICEF interpelle sur les violences sous nos yeux


  • Enfance battue, intimidée, violée, tuée : l’UNICEF interpelle sur les violences sous nos yeux

    En intitulant son rapport « Cachée sous nos yeux », l’Unicef veut dessiller le regard et changer les mentalités sur les violences qui pèsent sur les enfants, là où ils devraient se sentir en sécurité : leurs communautés, foyers, écoles. « Ce sont des données* - issues de 190 pays - qui mettent mal à l’aise : aucun gouvernement ou parent ne voudra les voir. Mais si nous n’affrontons pas la réalité que représente chacune de ces statistiques révoltantes, nous n’abandonnerons jamais cette mentalité selon laquelle la violence contre les enfants est normale et tolérable. Elle n’est ni l’un ni l’autre », affirme Anthony Lake, directeur général de l’Unicef.

    Près d’un meurtre sur 5 touche un enfant

    La violence tue. En 2012, presque 95 000 enfants de moins de 20 ans ont été victimes d’homicide dans le monde ; 90 % d’entre eux vivaient dans des pays à faible et moyen revenu - au premier rang desquels l’Amérique latine et les Caraïbes (25 400) suivies de l’Afrique de l’Ouest et centrale (23 400) puis de l’Afrique de l’est (15 000). La majorité des victimes est composée de garçons.

    Très répandus, les châtiments physiques, infligés par les tuteurs réguliers dans le cadre de l’éducation ou de la discipline, frappent 6 enfants sur 10 (presque un milliard). Ils sont souvent assortis d’agression psychologique. Les formes les plus graves (coups à la tête, sur les oreilles ou le visage) concernent 17 % des enfants dans 58 pays.

    Environ 3 adultes sur 10 dans le monde pensent que le châtiment corporel est nécessaire pour éduquer un enfant ; une idée surtout répandue dans les classes défavorisées et peu instruites des pays.

    Les violences entre pairs sont communes, surtout chez les garçons : la prévalence des agressions physiques entre élèves de 13 à 15 ans varie de 20 % (Ex-République Yougoslave de Macédoine, Uruguay) à plus de 50 % (Bostwana, Djibouti, Égypte, Ghana, Yémen). Plus d’un élève sur 3 subit au moins un acte d’intimidation. La même proportion d’adolescents en Europe et Amérique du Nord admet avoir intimidé un pair.

    Une jeune fille sur 10 a subi des actes sexuels forcés

    Un quart des adolescentes de 15 à 19 ans se disent victimes de violence, de la part des cercles proches (famille, amis, enseignants) ou des partenaires pour les filles mariées ou ayant été mariées. Plus de 70 % des jeunes filles ont désigné leur mari ou partenaire comme auteur de sévices à leur encontre, en Inde, au Mozambique, au Népal, au Pakistan, en Zambie ; et une adolescente mariée sur trois dans le monde a subi des violences psychologiques ou physiques.

    Environ 120 millions de filles dans le monde (plus d’une sur 10) ont subi des rapports ou actes sexuels forcés dans leur vie. Le taux de prévalence dépasse 10 % dans les pays d’Afrique Subsaharienne, contre moins de 1 % en Europe. Une fois encore, les principaux auteurs sont les partenaires passés ou présents de ces femmes.

    Les pays à haut revenu sont aussi concernés

    Les garçons ne sont pas épargnés par les violences sexuelles quoique dans de moindres proportions.

    Les pays à haut revenu sont aussi concernés : en Suisse, en 2009, 22 % des adolescentes et 8 % des adolescents ont été victimes au moins une fois de violences sexuelles. La cybercriminalisation est la forme la plus commune de violence.

    Ces sévices restent tabous : près de la moitié des jeunes filles n’en ont jamais parlé à personnes. Et 7 sur 10 déclarent n’avoir jamais cherché d’aide pour y mettre fin. Près de la moitié des 15-19 ans dans le monde pense qu’il est parfois justifié qu’un mari batte sa partenaire.

    L’Unicef insiste sur la dimension sociétale - et non individuelle - de la violence, induite par des inégalités économiques, sociales et culturelles. Seuls 39 États dans le monde protègent juridiquement les enfants des châtiments.

    Coline Garré

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